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Que celui qui ne s’est jamais jeté sur son frigo au moins une fois pour “se caler l’estomac” et apaiser une sorte de sourde angoisse jette la première pierre !

Lorsque cela arrive exceptionnellement, on peut le mettre sur le compte d’un trouble passager et d’un réflexe de protection. Mais s’il s’agit d’un rapport excessif et compulsif à la nourriture, si depuis longtemps on a fait de celle-ci sa meilleure amie, si les chiffres sur la balance jouent de l’accordéon, on est vite mal dans sa tête, mal dans sa vie, dans ses relations. Mal dans ses kilos. On doit conclure qu’il s’agit “d’autre chose”, d’un problème plus profond : une souffrance ancrée - voire refoulée - depuis l’enfance, qui s’extériorise à travers ces kilos “impossibles à évacuer” abîmant ainsi l’image de soi et détournant le regard des autres. Doreen Virtue, psychothérapeute, propose, dans son livre ‘Image et amour de soi’ aux éditions Dangles, une méthode simple qui permet de faire remonter à la surface les traumatismes non résorbés et d’évacuer la souffrance enfouie.

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux problèmes de poids ?
D.V. : « A l’époque, j’étais directrice des programmes d’un hôpital psychiatrique réservé aux femmes et spécialisé dans les troubles consécutifs aux abus sexuels. Toutes ces patientes étaient aux prises avec une profonde souffrance affective : stress, chagrin, dépression, colère. Leur vie, leur travail, leur mariage, tout allait à vau-l’eau. Chacune à sa façon disait la même chose : “Est-ce que cette existence-là va durer ?”. Toutes, sans exception, s’étaient tournées vers la nourriture. Elles y trouvaient un réconfort, une forme de sécurité. Parfois, aussi, elles s’infligeaient ainsi une punition. La plupart étaient persuadées que leur souffrance s’envolerait avec les kilos. En fait, elles ont fini par comprendre que c’était l’inverse : pour perdre leur surpoids, elles devaient commencer par se débarrasser de leur souffrance. »

Vous pensez donc que pour perdre un surplus de poids, il faut se libérer d’une souffrance enfouie en nous.
D.V. : « Chaque kilo superflu qui pèse sur votre corps a son équivalent de souffrance dans votre cœur. Vous avez suivi d’innombrables régimes et, à chaque fois, vous avez repris vos mauvaises habitudes alimentaires ? Peut-être est-ce d’ordre psychologique ? Au cours des dix dernières années, j’ai rencontré et traité des milliers de personnes, hommes et femmes, qui ne pouvaient s’empêcher de trop manger. Dans la majorité des cas, leurs excès étaient entraînés par des événements, des situations qui avaient provoqué chez eux un choc et une souffrance affectifs, comme l’inceste, la mort d’un être cher, des problèmes professionnels, des soucis financiers. C’est un peu comme si ces personnes avaient depuis très longtemps une épine dans le pied. Elles ont fini par “faire avec” leur détresse. Mais la souffrance n’est ni normale ni acceptable. Le propre de l’être humain est de chercher à s’en soulager. Pour beaucoup, la nourriture représente une forme de soulagement. »

Le but de votre travail est donc de rechercher et détruire ce blâme infondé qui pèse sur notre existence.
D.V. : « Une personne heureuse, satisfaite, mange modérément et se maintient en bonne forme physique. Même si elle n’a ni la minceur d’un mannequin ni la musculature d’un athlète, elle ne cherche pas à atteindre la perfection. Son poids est proportionnel à sa taille. La nourriture lui fournit l’énergie quotidienne nécessaire à son activité. Il ne s’agit pas avant tout pour elle d’une source de distraction et de réconfort. Automatiquement, toutes les personnes ayant souffert d’abus, de traumatismes ou d’excès de stress, cherchent le moyen de se sentir mieux. Il est vrai en effet que la nourriture constitue un refuge. Elle aide à anesthésier les souvenirs douloureux et les émotions pénibles. Mais elle va re-victimiser la victime car, sur le plan social, une forte corpulence entraîne des conséquences douloureuses en elles-mêmes. »

Comment savoir que des problèmes anciens reste non résorbés ?
D.V. : « Votre poids vous pose-t-il des problèmes ? Avez-vous parfois une envie irrépressible de manger, ce qu’on appelle communément la fringale, même si au fond de vous quelque chose vous crie de ne pas le faire ? Jugez-vous les régimes et les cures d’amaigrissement inefficaces dans votre cas ? Si vous répondez “oui” à l’une de ces questions, je suis prête à parier que quelque chose, dans votre vie, ne s’est pas résorbé. C’est peut-être en rapport avec votre enfance, ou bien avec votre travail, vos finances ou votre vie affective. Prendre conscience de cette situation constitue déjà en soi une étape importante, mais cela ne suffira pas à vous libérer de votre compulsion à vous gaver. »

Décrivez-nous cet état compulsif.
D.V. : « Chez les mangeurs compulsifs, le schéma de la souffrance est d’une incroyable netteté. Je l’ai vu se dérouler devant moi sans avoir eu au départ l’intention de le découvrir. Il s’est dessiné avec une parfaite évidence. Toutes les personnes souffrant de surpoids ou obsédées par leur poids avec lesquelles j’ai travaillé recherchait le même soulagement, la même tranquillité d’esprit, la même acceptation de soi, mais avec des motivations différentes. »

Pourquoi ces mangeurs compulsifs réagissent-ils ainsi ?
D.V. : « Beaucoup ont connu une première expérience sexuelle traumatisante - inceste, viol, sévices, attouchements ou abus sexuels de nature psychologique. Les autres ont eu une enfance en apparence heureuse et normale, à l’abri de l’alcoolisme et exempte de mauvais traitements, mais leurs parents, trop pris par leur carrière ou pour toute autre raison personnelle, les négligeaient sur le plan affectif. Souvent, les personnes qui trouvent une consolation dans la nourriture ont été privées de soutien affectif dans l’enfance. En devenant adultes, elles n’ont pas su tirer de plaisir des rapports avec les autres et la nourriture et les possessions matérielles ont constitué leurs premiers objets amoureux. »

Un enfant qui grandit entouré d’affection, en toute quiétude et sécurité devient donc un adulte heureux…
D.V. : « Parce que le bonheur est l’état naturel de l’âtre humain. Bien sûr, il connaîtra des hauts et des bas qui seront souvent le résultat de circonstances extérieures, mais c’est normal. En général, celui qui est bien dans sa peau le reste. Lorsque quelqu’un est malheureux, c’est que quelque chose ne va pas vraiment. Guérir de son malheur ne veut pas dire pour autant en rejeter la responsabilité sur les autres ou sur son passé. Il s’agit de mettre au clair ce passé et d’en tirer les leçons, de reconnaître et d’examiner cette souffrance superflue qui a entraîné votre surpoids, avant de prendre les mesures pour perdre vos kilos. »

De quelle manière peut-on comprendre son passé ?
D.V. : « Intellectuellement, d’abord, pour permettre aux souvenirs d’émerger. Affectivement ensuite, en considérant que la petite fille que vous étiez n’est aucunement responsable des actes des adultes ou des enfants plus âgés qui vous ont fait souffrir. Examinez la situation à la lumière crue de la réalité. Ensuite, faites table rase du passé. Vous n’avez rien à vous reprocher. Allez plus loin. Considérez que la souffrance endurée a fait de vous un être capable d’empathie, compréhensif et attentionné envers les autres. Si vous voulez aider les autres pour éluder votre propre souffrance, c’est malsain. Tout comme il n’est pas sain de vouloir le faire parce que vous vous sentez responsable du bonheur des autres. Au contraire, si aider les autres vous aide à comprendre le pourquoi de votre souffrance personnelle, c’est merveilleux ! »

Comment peut-on atteindre le but fixé et se débarrasser des kilos de la souffrance ?
D.V. : « Se prendre en main et “y aller”, c’est un peu comme nager à contre-courant. Non seulement vous devez vous bagarrer avec votre propre “syndrome de la petite pauvresse” mais, étant une “grosse”, vous devez affronter le regard désapprobateur et l’intolérance des autres. Il est très difficile pour quelqu’un d’être bien dans sa peau lorsque des forces négatives s’attaquent à sa propre estime. En reconnaissant la nature du traumatisme que vous avez subi dans l’enfance, puis en vous débarrassant de vos sentiments de culpabilité et de l’auto-accusation, vous vous attaquez aux kilos de la souffrance. Ensuite, vous évacuerez votre colère rentrée et la projetterez contre sa véritable cause, loin de vous-même. Désignez les adultes qui vous ont maltraité mais, au lieu de les blâmer, considérez-les comme des malades qui ont besoin d’être soignés. »

Pensez-vous qu’il existe un moment privilégié pour passer à l’acte ?
D.V. : « N’oubliez pas : à l’égard de vous-même, n’éprouvez pas de colère; à l’égard de l’auteur des abus, n’éprouvez pas de ressentiment. Evacuez vos sentiments négatifs. Maintenant. Il n’y aura jamais de moment idéal pour vous mettre au diapason de votre existence, pour être mieux dans sa peau. Bien sûr, ce n’est pas un lit de roses. C’est un moment difficile à passer. Mais en vous attaquant dès maintenant à ces problèmes, vous investissez pour votre avenir. Tenez bon ! »

Qu’est-ce qui nous prouve que nous sommes sur la bonne voie ?
D.V. : « Tout l’indique. Même si nous travaillons dur et longtemps, les choses se font sans heurts. Les portes s’ouvrent. A l’inverse, quand nous sommes sur une mauvaise voie - c’est-à-dire quand nous ne remplissons pas notre mission, notre but - tout nous le fait savoir. C’est fou comme les choses peuvent mal se passer quand nous marchons à côté de nos chaussures. Généralement, notre comportement alimentaire reflète la voie sur laquelle nous nous trouvons. Lorsque notre existence va à l’encontre de notre vision intérieure, nous éprouvons un besoin irrépressible de nourriture. Au lieu de soigner notre vie, nous masquons les problèmes sous cette forme de bandage que sont les aliments. Nous nous comportons comme des prisonniers qui se tournent vers la drogue pour oublier un peu leurs conditions de vie. »

Pourquoi éprouvons-nous le besoin de nous gaver ?
D.V. : « C’est notre voix intérieure qui hurle. Nous devons l’écouter, car elle dit que quelque chose dans notre vie ne va pas et qu’il faut y remédier. Nous mangeons pour “faire taire” l’inconfort de devoir réparer ou changer les pièces désagréables de notre vie. C’est vrai, il est douloureux d’examiner nos sentiments négatifs et de retracer leur origine. Il est beaucoup plus facile de faire taire cette voix intérieure gênante avec de la nourriture. Hélas, nous connaissons la conséquence de cette pseudo-cure miracle : un surcroît de souffrance. En fin de compte, il est plus facile d’écouter tranquillement cette voix et d’entendre ce qu’elle a à nous dire. »

Quelles méthodes peut-on utiliser pour se mettre à son écoute et pour entendre les réponses qui sont en nous ?
D.V. : « Ecrivez. L’écriture est un merveilleux moyen de converser avec soi-même. La prochaine fois que vous vous sentirez perturbée, lancez-vous. Ecrivez sans vous préoccuper de l’orthographe, de la ponctuation ni de la grammaire. Laissez vos pensées et vos sentiments prendre leur essor sans vous censurer ni chercher à faire du style. Promenez-vous toute seule. Laissez le rythme de vos pas vous apaiser et vous aider à vous concentrer sur vos pensées. La beauté de la nature, les couleurs et les sons détendent énormément et, lorsqu’on est détendu, la pensée créatrice n’en est que plus active. Ecoutez vos rêves. Lorsque nous rêvons, notre inconscient tire les événements, les problèmes et les pensées qui ont été les nôtres durant la journée. Il traite toutes ces informations à la manière d’un ordinateur et en tire des conclusions logiques. Méditez. La méditation se résume souvent à éliminer tranquillement de notre esprit tous les détails et les soucis et à se concentrer sur des sujets plus importants. Vous obtiendrez de bons résultats en méditant seule ou bien en compagnie d’autres personnes animées des mêmes intentions. »

Quelle conclusion souhaitez-vous apporter à cet entretien ?
D.V. : « Ecoutez vos fringales. Elles sont l’expression de votre voix intérieure et sont porteuses d’informations intéressantes. Ecoutez vos sentiments. Plus ils sont puissants, plus ils sont perturbants et plus leur message est urgent. Ecoutez ce que vous dit votre vision intérieure, grâce à laquelle vous “verrez” la vie dont vous rêvez. C’est la carte routière qui vous guidera pour remplir la mission de votre vie. Et en remplissant cette mission, vous comblerez le vide, les failles qui sont en vous. Vos n’aurez plus besoin de vous bourrer de nourriture. »

 

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