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Pour ces deux articles terminant la saison et concluant ce tour d’horizon de l’alchimie au Moyen Âge…, nous souhaiterions évoquer des cas à la marge, à savoir des hommes s’étant penché plus ou moins sur l’alchimie tout en n’étant pas à proprement parler considérés comme des adeptes… ou ayant provoqué à leur endroit des débats encore loin d’être tranchés de nos jours.
C’est ainsi que nous mentionnerons ci-dessous certains potentats de l’époque, en clair des rois et des papes, avant de nous arrêter le mois prochain sur les figures énigmatiques de Nicolas Flamel et de Jacques Cœur…

Des rois s’intéressant à l’alchimie…

En réalité, sous cette expression un peu (trop) générale, il faut distinguer trois attitudes différentes :

  • d’abord ceux ayant eu un comportement variable, passant successivement par des phases permissive ou, au contraire, coercitive vis-à-vis de l’alchimie ;

  • ensuite, ceux s’en étant servi sans aucun état d’âme en ayant pressuré les alchimistes à chaque occasion ;

  • enfin, le(s) dernier(s) montrant de la curiosité par rapport au Grand Œuvre.

Des monarques aux comportements variables

Le plus représentatif de ce type de souverain en France fut probablement Charles V (1338-1380) qui démarra son règne en montrant beaucoup de magnanimité à l’égard des adeptes et qui finit par proscrire toutes les recherches alchimiques ainsi que la possession d’outils destinés à cette occupation.
A l’inverse, en Angleterre, selon les époques, les temps furent plus ou moins durs pour les alchimistes : pourchassés par le roi Henri IV (1367-1413), ils vivaient librement de leur art trente cinq ans plus tard sous le règne d’Henri VI qui avait autorisé la fabrication de l’or.

Philippe IV Le Bel

Il a été maintes fois entendu ici ou là que le Trésor des Templiers avait éveillé la cupidité de Philippe le Bel. Si ce n’est pas là l’unique motif ayant causé l’anéantissement de ses membres et l’exécution du Grand Maître Jacques de Molay (avec la prédiction bien connue), les problèmes d’argent au sens large étaient au centre des préoccupations de ce roi.
Il n’est pas surprenant que celui qui se transforma en faux-monnayeur (il changea le pourcentage des alliages des pièces de monnaie usitées) fit appel à des alchimistes patentés pour qu’ils l’aidassent à produire de l’or dans le but de donner un vigoureux coup de fouet aux finances du royaume ! Le succès ne fut pas apparemment au rendez-vous…

Charles VI

Nous avons tous entendu parler de ce roi fou qui, de plus, traîne comme un boulet attaché à ses basques la piteuse défaite d’Azincourt (1415) tout comme la querelle des Armagnacs et des Bourguignons qui déchira le royaume de France. Avouons que cela fait beaucoup et qu’ainsi l’homme n’ait pas suscité une vague de sympathie intense ; de ce fait, peu de chercheurs ont creusé le sujet et ce roi est devenu l’un des pestiférés de l’Histoire.
Ceci dit, des investigations récentes laisseraient supposer qu’il ait subi un empoisonnement à l’ergot de seigle, ce qui expliquerait des moments de démence alternant avec des phases de lucidité. C’est au cours de ces dernières qu’il s’adonna probablement à l’alchimie et, sous son règne, celle-ci connut une période assez florissante avec l’École de Flers dont les représentants les plus fameux furent Nicolas Grosparmy, Nicolas Valois et Pierre Vicot.

Des Papes aussi…

Cela est assez surréaliste au demeurant que des papes se soient essayé à fréquenter le Grand Œuvre après tout ce que nous avons écrit sur les relations (empoisonnées) entre les deux parties dans de précédents articles.
Pourtant, il faut citer les deux personnalités, assez dissemblables, que furent à des époques différentes, Sylvestre II et Jean XXII.

Sylvestre II (938-1003)

Gerbert d’Aurillac (à ne pas confondre avec l’illustre savant arabe Geber) n’était aucunement prédestiné à devenir pape ; il fit partie de ces nombreux lettrés, un peu comme Albert le Grand, qui furent remarqués par la hiérarchie religieuse et qui finirent par accéder à de très hautes fonctions.
Commençant par s’initier aux mathématiques, il alla se perfectionner auprès des Arabes en intégrant leur école à Cordoue. A son retour en France, il occupa le poste de précepteur de Robert, fils du roi Hugues Capet avant d’être nommé au siège épiscopal de Reims.
Là, les affaires se gâtèrent un peu… vu les thèmes qu’il traitait et surtout diffusait ; aussi préféra-t-il mettre du large en émigrant en Allemagne auprès de l’empereur Othon II et en retrouvant ainsi ses fonctions antérieures puisqu’il s’occupa de son fils, le futur Othon III. Lorsque ce dernier accéda lui-même au trône, Gerbert fut nommé évêque de Ravenne… puis, tout naturellement si nous pouvons nous autoriser cette expression, Pape sous le nom de Sylvestre II à la mort de Grégoire V.
S’il est vrai qu’il contribua à propager des ouvrages et des idées alchimiques, il faut néanmoins insister qu’il fût d’abord un savant et un adepte de par ses lectures bien avant qu’il ne devînt Souverain Pontife.

Un Pape énigmatique : Jean XXII (1244-1334)

Apparemment, ce dernier, devenu le Premier des Chrétiens en 1316, se comporta de la façon la plus classique lorsqu’il monta sur le trône de Saint-Pierre puisqu’il condamna l’alchimie de la manière la plus nette. Alors, pourquoi nous attarder sur le personnage ?
Parce qu’il fut un Pape hors du commun… avant même le début de son pontificat car il fut élu dans des conditions difficiles où il montra toute sa ruse et ses qualités de manœuvrier. La plupart des lecteurs se souviennent peut-être du livre ou davantage de la sérié télévisée des « Rois maudits » où l’élection du Français Jacques Duèze est contée par le menu.
Celui-ci, déjà âgé pour faire un Pape (il va allègrement sur ses 72 ans), d’une santé apparemment fragile, est considéré comme un homme de transition. Emmurés sur les ordres du souverain français, les cardinaux de différentes factions et rechignant à élire l’un des leurs, finissent par se rallier à Jacques Duèze en pensant que c’est « le moins mauvais »…Il va vivre encore dix-huit ans (il décèdera à 90 ans) et les cardinaux auront la vie dure !
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que cet homme à poigne ait tenu des positions fermes à l’encontre des philosophes et du Grand Œuvre.
Cependant, à sa mort, on constata qu’il avait amassé une fortune en lingots et en monnaie d’or… ce qui fit naître pas mal de rumeurs. D’où pouvait bien provenir cette richesse soudaine ? Les langues allèrent bon train, arguant que le Saint-Père pratiquait l’alchimie et d’aucuns n’hésitèrent pas à affirmer que le palais d’Avignon renfermait en son sein un laboratoire…
Aujourd’hui, des versions contradictoires circulent ; pour les uns, Jean XXII ne se serait jamais adonné à l’occultisme en général tandis que d’autres affirment qu’il écrivit des traités d’alchimie comme L’Art transmutatoire ou L’Élixir des Philosophes… Toujours est-il que la question continue de passionner tous les historiens de l’alchimie.

 

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